PCF et LFI : y a-t-il convergence de projet ?

La plupart des communistes considèrent avec lucidité que la stratégie de Jean-Luc Mélenchon vise à renforcer LFI au détriment des autres forces de gauche et non à construire un rassemblement majoritaire pour une politique nouvelle, et même qu’elle joue l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir, afin qu’il se pose, comme il l’a dit lui-même, en « hérault de la révolte contre Marine Le Pen ». Cependant, certains d’entre eux ont le sentiment que s’agissant de la politique à mettre en œuvre La France insoumise et le PCF ont des convergences de fond, une même volonté de « rupture ». Est-ce vraiment le cas ? Examinons quelques exemples.
Prenons l’énergie. Le PCF, au travers notamment de son plan Climat 2050, propose des orientations réalistes permettant d’aller vers une énergie décarbonée, basée sur un mix nucléaire/renouvelable, au service de l’amélioration des conditions de vie et de la réindustrialisation, avec des tarifs abordables. LFI préconise dans son programme L’avenir en commun de « sortir du nucléaire, abandonner les projets d’EPR, planifier le démantèlement », ce qui mettrait à bas le service public et installerait le pays dans la pénurie énergétique.
Prenons le logement. Le PCF considère qu’il faut relancer la construction de logements pour répondre aux besoins. A l’inverse, « construire moins de logements » constitue le « levier n°2 » 1 pour réduire la consommation d’énergie de notre pays selon les études de planification écologique de l’Institut La Boétie, institut co-présidé par Jean-Luc Mélenchon et Clémence Guetté et qui est présenté comme le lieu de « l’élaboration politique » de LFI et l’organisme de formation de ses cadres. Il est même précisé qu’il faut « stabiliser le nombre de personnes par foyer à 2,2 personnes par foyer » (comment ?), stabilisation qui permettra « d’éviter la construction de 3 millions de logements supplémentaires » et encore qu’il faut « une réduction du nombre de m2 habité par personne »2. En bref, tassez-vous dans les logements ! Il n’y a donc pas convergence mais opposition entre ces projets.
Prenons les transports. Le PCF défend la relance du rail, ce qui ne pourra se faire sans investissement massifs. Bien sûr LFI proclame devant les cheminots sa volonté de défendre le transport ferroviaire, mais dès qu’il y a un projet qui permettrait de le relancer, LFI se mobilise contre. Le cas de la ligne à grande vitesse Lyon Turin qui permettrait aussi de dépolluer la vallée de la Maurienne malade des camions, est emblématique : un projet « monstrueux » selon Jean-Luc Mélenchon. Plus généralement, dans les documents de l’Institut La Boétie, on trouve que le levier n°3 de la bifurcation écologique sera « la baisse du nombre de km parcourus »3. L’avenir serait au repli, comme si les déplacements n’étaient pas aussi un moyen de choix, de découverte, de rencontre, d’épanouissement !
Prenons l’industrie. Le PCF prône la réindustrialisation. Bien sûr, chaque fois que des travailleurs luttent contre des fermetures d’usine ou de centre de recherche, LFI se proclame solidaire. Mais dans les documents de l’Institut La Boétie, on trouve préconisée « une baisse drastique de la demande », une « chute de la production industrielle ». LFI se dit au côté des salariés d’Arcelor Mittal ou de l’automobile mais ses orientations prévoient explicitement une forte baisse de la production d’acier et la « diminution des ventes de véhicules particuliers », toujours dans les documents de l’Institut La Boétie sur la planification écologique.
Ce sont là des sujets majeurs pour l’avenir de notre pays. On pourrait en citer d’autres. En fait, plus généralement, il s’agit d’une différence de démarche. Les droits sont envisagés comme moyen de gérer les restrictions. Cela figure en toutes lettres dans les documents de l’Institut La Boétie : « pour chaque restriction, ouvrir un nouveau droit en favorisant une sobriété juste ». Et si la réduction du train de vie des riches est prônée, c’est pour mieux réduire ensuite la consommation des autres : la « mise en sobriété des consommations ostentatoires » ne serait qu’« un bon début », peut-on y lire encore. On objectera peut-être que ces orientations, comme une partie des propositions déjà citées, sont exprimées dans les documents de l’Institut La Boétie et non dans le programme de La France Insoumise. Rappelons que LFI considère cet institut comme « lieu d’élaboration intellectuelle », comme « outil d’éducation populaire » et de formation de ses cadres, et qu’il est sous la tutelle directe de ses principaux dirigeants. De plus, le livret thématique intitulé « 100% renouvelable : sortir du nucléaire et des énergies fossiles » qui précise le programme de LFI se réfère explicitement au scenario 2022 de l’association Négawatt qui défend des mesures de même inspiration. Ainsi sur le logement, on trouve indiqué dans ce scenario : « La stabilisation du nombre de personnes par logement au niveau actuel (2,2 personnes par logement) alors que les projections plus classiques envisagent une moyenne de 2 en 2050 (…). En effet, le passage de 2 à 2,2 personnes par logement induit une diminution de plus de 3 millions de logements nécessaires. »
Le PCF et LFI ne portent pas la même idée des « ruptures » nécessaires. Pour LFI, il s’agit de niveler par le bas. Pour le PCF, il s’agit, grâce notamment au progrès technologique mis au service de tous et non du seul profit, de se donner les moyens de vivre mieux. « Une France de bâtisseurs et de bâtisseuses qui développe l’industrie et les services publics », comme c’est écrit dans le Pacte national pour l’avenir de la France qu’il propose.
Eric Le Lann – 3 mai 2026

Notes :
Note 1 – « Gouverner le système énergétique par les besoins ».
Note 2 – « Sobriété énergétique, y a-t-il une alternative à la guerre contre les pauvres ? »
Note 3 – « Gouverner le système énergétique par les besoins » (même note pour les citations suivantes).