Du 38e au 40e Congrès : confirmer un choix stratégique ?

À partir de cette semaine, les communistes entrent pleinement dans la discussion de la base commune proposée par le Conseil national du PCF pour l’enrichir, l’amender avant de la voter dans les différentes conférences avant leur Congrès en juillet prochain. Des textes alternatifs sont aussi proposés à leur discussion, réflexion et vote.

En 2018, lors de leur 38e Congrès, les adhérent·e·s du PCF avaient décidé de travailler au renouveau du communisme français, de surmonter le risque de son effacement, provoqué par l’enlisement dans les comités unitaires de base, puis l’effacement derrière Jean-Luc Mélenchon aux élections présidentielles de 2017. Pendant quatre ans, ils travaillèrent, en dépit des difficultés nombreuses, comme celles provoquées par la pandémie du Covid-19, à engager leur redéploiement sur le terrain et redonner de la visibilité au PCF et à ses idées, avec pour temps fort la campagne de l’élection présidentielle de 2022.
En 2023, lors de leur 39e Congrès, ils développèrent le projet ambitieux d’une « France des nouveaux Jours heureux », d’une France qui renoue avec le droit au bonheur. Malgré des progrès encourageants, il faut reconnaître que cette action s’est heurtée aux conséquences néfastes de la crise du capitalisme, aux manœuvres politiciennes du bloc macroniste au travers de la dissolution de l’Assemblée nationale, aux blocages convergents de la droite et du centre pour empêcher la remise en cause des mesures anti-sociales. Du fait de ses divisions, de ses difficultés à élaborer des ripostes claires, la gauche dans son ensemble a stagné aux élections municipales, marquées par les manœuvres de LFI pour plus gagner des municipalités sur les autres forces de gauche, socialistes et communistes (Saint-Denis, Vaux-en-Velin, Vénissieux) que sur la droite.

C’est dans ce contexte que s’inscrit donc la préparation du 40e Congrès du PCF qui sera marqué par un double enjeu : poursuivre les efforts pour construire un rassemblement majoritaire autour d’une politique de renouveau industriel, social et démocratique de la France, et d’un même élan, poursuivre et développer le rayonnement et l’action autonome d’un Parti communiste, porteur d’une grande politique nationale de transformation.
En fait, il s’agit bien de la poursuite et de l’approfondissement des choix stratégiques du 38e Congrès. C’est ce que propose fondamentalement la base commune proposée à la discussion des communistes. Il n’est pas surprenant qu’une orientation contraire, de retour en arrière, soit proposée par le texte alternatif « Communistes à l’offensive ». Son unique ligne politique est « empêcher la prise du pouvoir par le Rassemblement national » et pour cela, se rallier à la candidature unique de Jean Luc Mélenchon, alors que cette stratégie depuis 2017, s’est avérée incapable de battre le Rassemblement national, qui, au contraire, s’est nourri de ce rassemblement inefficace.
La décision de présenter une candidature communiste aux élections présidentielles de 2027 n’est ni un « problème de boutique », ni « une candidature témoignage » comme le présentent ses détracteurs, mais une candidature visant à aider la mobilisation des forces populaires en France pour une véritable alternative.
Ce choix fondamental va être au cœur des discussions du 40e Congrès et n’est d’ailleurs pas remis en cause par les deux autres textes alternatifs.
La base commune permet de construire une même volonté de faire du PCF l’outil indispensable et efficace pour participer à la construction d’un rassemblement majoritaire pour une société des biens communs, pour la satisfaction des besoins populaires, pour l’action pour la paix dans un monde de coopérations et non de surarmement.
Évidemment, le débat du Congrès doit permettre d’approfondir ou d’éclaircir plusieurs questions. Pour ma part, j’en vois au moins trois. Que veut-on dire quand la base commune énonce :
1/ « Le PCF mène une campagne pour une nouvelle industrialisation et de meilleurs services publics en lien avec le plan climat : pour défendre l’emploi, reconstruire les forces productives du pays, garantir les droits sociaux et ouvrir une perspective de transformation économique et écologique ». Quid des maîtrises financières et des coopérations internationales sur ce plan ?
2/ « Le PCF mène campagne pour construire la solidarité internationale, pour porter l’exigence d’une France s’engageant dans une politique de paix et de respect du droit international, et pour soutenir l’autodétermination des peuples ». Là encore, quid de l’engagement plus résolu du PCF pour défendre le multilatéralisme, et donc de la lutte pour une action résolue de la France au sein des Nations unies, sans attendre une hypothétique réforme de celles-ci ?
3/ « Une visée révolutionnaire : le communisme. Un processus : le socialisme aux couleurs de la France ? » Comment dépasser la formule toute faite et l’ambiguïté, qui existe, à mon avis, dans la formulation qui suit : « l’urgence est à relever l’immense défi du dépassement du capitalisme, à ouvrir avec le peuple une perspective révolutionnaire : le socialisme. En France, le communisme s’inscrit en profondeur dans l’histoire nationale et s’enracine dans un ensemble de conquis sociaux » ??? Comment faire pour que le “focus” mis sur le « socialisme aux couleurs de la France » ne devienne une référence figée aux batailles du passé ?
Ces exemples montrent tout à la fois les nécessités et les possibilités d’enrichissement de la base commune, dans la diversité des approches de chaque communiste dans le débat, tout en préservant l’unité du parti, si nécessaire dans la période actuelle, comme nous avions su le faire autour du « Manifeste » au 38e Congrès ? Peut-être peut-on espérer que les partisans des textes alternatifs qui s’inscrivent dans l’orientation du 38e Congrès, notamment dans le choix d’une présence communiste aux présidentielles, trouveront les formes pour mettre leurs idées dans le débat, sans accentuer les risques de divisions liées à la présence statutaire de textes alternatifs ?

Jean Sandétour
2 mai 2026