2017. Commencer par la fin

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Les incertitudes de l’échéance électorale de 2017 pèsent sur les consciences. À gauche, c’est, au mieux, le désarroi, au pire le fatalisme devant le désastre annoncé. Gauche éclatée sur fond de déception, de colère, et de rejet qui frappe toutes les forces politiques, arrivée aux affaires d’une droite radicalisée en appui et en concurrence avec un Front national qui ambitionne d’accéder aux commandes de l’État. Dans le pays, c’est le rejet et le scepticisme devant le scénario qu’on dit écrit sans autre recours que les mêmes figures, les hommes providentiels, les mêmes politiques imposées par les marchés, l’Europe, etc. La présence de Marine le Pen et de l’absence de candidat de gauche au second tour de la présidentielle est une possibilité à prendre au sérieux. Elle est souvent écartée ou minimisée par crainte d’un chantage au vote utile. Certains même se résignent à une cure de droite pour rebondir en 2022, voire avant. Sur quel champ de ruines ? Dans ce marais de déceptions, de lassitude, de défiance et d’incertitudes le débat est ouvert sur un possible qui réponde à la demande de changement. Alors que faire ?
Partir de : que voulons-nous pour le « jour d’après » les élections ? Une politique nouvelle. Pour sortir de l’impasse prenons les choses par l’autre bout que la candidature à la présidentielle. Ne partons pas de la situation présente bloquée, mais de ce que nous attendons nous de 2017 ? Le pays, la France, les Françaises et les Français, de quoi ont-ils besoin ? D’un grand soir électoral ? De la mise en œuvre de notre programme sinon rien ? Ou bien d’une nouvelle politique fondée sur des réformes de progrès claires qui répondent aux urgences sociales et tracent une voie pour les changements profonds qu’appelle la crise ?
Empêcher le retour de la droite. Le retour d’une droite radicalisée et revancharde, entraînée dans une surenchère sécuritaire et liberticide, réactionnaire, sous pression de l’extrême-droite lepeniste, serait un désastre pour le pays. Dans les communes, les départements, les assemblées régionales conquises aux dernières élections, dans ses programmes, elle montre son vrai visage de classe en s’attaquant aux fondements solidaires de ce qui fait le modèle social français.
À l’Assemblée nationale, une majorité de gauche
Une majorité de gauche au parlement. Il faut au Parlement une majorité qui mette en œuvre une politique nouvelle. Une majorité rassemblant toutes les forces de la gauche et les écologistes dans laquelle les élus communistes ou soutenus par le PCF pèsent pour influer, avec un groupe. Cet enjeu est essentiel, comme l’a montré a contrario le résultat de 2012.
L’expérience montre qu’il ne suffit pas d’une majorité de gauche pour que ça change. Les promesses ne sont pas une garantie. Les programmes restent l’affaire des partis et des militants.
Comment faire ?
Mettre en débat dès à présent, sous des formes souples, avec toutes les forces disponibles, en dialogue avec les citoyens, les forces sociales, les bases de ce que pourrait être un contrat de majorité. Chaque parti et force politique portant dans le même temps sa vision, ses analyses, son projet de société.
Ce contrat de base serait élaboré, dans un débat public, non pas à partir d’un compromis de programmes, mais à partir des grandes revendications et du besoin de changement qui s’expriment dans le pays, certains avec force, d’autres de façon plus souterraine. Quelques pistes : la justice sociale, la lutte contre les inégalités, la promotion des biens communs, avec la défense et le renouveau des services publics, les priorités pour changer en Europe, la lutte contre le changement climatique, une autre utilisation de l’argent face à la finance et la démocratisation de la vie sociale et politique par une réforme des institutions aujourd’hui à bout de souffle.
Présidentielle
La primaire n’est qu’un des lieux du débat. Elle permet aujourd’hui d’échapper à l’étau du vote par défaut face à la menace d’absence de candidat de gauche au deuxième tour, comme à celui d’une discussion enfermée dès le départ sur le choix du nom d’un candidat commun.
Elle permet d’anticiper une dispersion des voix tout en offrant un cadre pour un débat, entre toutes les forces qui le souhaitent, sur les axes de la politique et de la majorité à venir sur lesquels les candidats à la législative et à la présidentielle se prononceraient.
Que ce soit dans le cadre d’une primaire ou non, il est légitime et nécessaire que se fasse entendre une voix communiste, jusqu’à une candidature. Une candidature qui assume de façon populaire et visible le changement d’idées, de personnes et de pratiques.
Inverser le calendrier et les pratiques
Inverser le calendrier : ne pas faire de la présidentielle le point fixe à l’horizon. Poser indissociablement l’enjeu des législatives
Inverser le rapport entre politique et mouvement populaire, concrètement. Être au service du mouvement social, en appui à ce qui s’exprime de novateur et progressiste dans la société. Le mouvement contre la loi El Khomry n’indique-t-il pas un espace qui s’ouvre, contre la dérive social-libérale et les projets de la droite ?
Investir tous les lieux de débat
Nul en sait aujourd’hui ce que seront la situation et le paysage politiques dans les prochains mois. Nul ne peut prédire ce qu’il adviendra du processus de la primaire, qui sera au bout candidat. Qu’en sera-t-il de la situation sociale et économique, des mouvements sociaux ?
Raison de plus pour ne pas raisonner à partir de la situation présente subie. Investissons les espaces de débat ou ouvrons-les pour discuter de ce qu’on peut faire dès maintenant à partir de ce que l’on attend pour le jour d’après les élections.
Cette contribution se veut une contribution au débat, partout ouvert, pour trouver les voies nouvelles d’intervention et de rassemblement à partir du réel dans son mouvement, à partir de ce que la crise ouvre comme critique de l’état actuel du monde, à partir de la lucidité sur la menace que représentent la droite et le FN, à partir de la demande d’unité, de changement. De l’envie de joie de vivre et d’espoir.
Daniel Cirera – 2 avril 2016
danielcirera360@gmail.com