Point de vue : le PCF doit changer de tactique au nom de sa stratégie.

image_pdfimage_print

L’heure est grave et, sans théâtraliser les enjeux, on ne peut minimiser les conséquences désastreuses possibles de l’élection présidentielle à venir. Une victoire de l’extrême droite ne paraît plus impossible, celle d’une droite austéritaire, identitaire est possible (par delà les conséquences difficilement prévisibles aujourd’hui de l’affaire Fillon) et le capitalisme de la séduction de Macron peut apparaître comme un moindre mal, sur fond de recomposition et de décomposition de notre vie politique, minée autant par les affaires des uns et des autres que par la déception des politiques menées depuis des décennies.

Face à cela, la gauche est divisée et semble jusqu’ici incapable de hisser un de ses candidats au second tour, si du moins l’on veut bien ne pas se raconter d’histoires. Il ne suffit pas de se rêver président pour le devenir. On pourra retourner la question autant de fois que l’on veut, l’idée d’un pacte majoritaire à gauche, d’un contrat de gouvernement des forces de progrès n’a pleinement de sens que si un candidat de gauche remporte l’élection présidentielle dans cette foutue V République. En conséquence, consacrer les candidatures de Mélenchon et de Hamon comme étant inconciliables dans les faits et acter définitivement leur « chacun pour soi », c’est donc objectivement renoncer à ce qu’une politique de gauche puisse être menée dans les cinq ans à venir, même si les chances d’une telle perspective peuvent paraître bien faibles aujourd’hui. Plutôt Le Pen ou Fillon que l’union des forces de gauche, voilà à quoi nous conduit l’actuelle désunion ! Rappelons bien entendu que l’addition des tous les électorats de gauche sur la base des sondages actuels, même si les reports de voix sur un unique candidat ne sont pas bien entendus mécaniques, laisse au moins espérer la présence au second tour de la présidentielle d’un candidat portant les couleurs d’une politique tournant le dos à l’austérité. Dans le cas contraire, ce sera la division, l’échec, l’impuissance et un champ de ruines à gauche.

Face à ces enjeux inédits le PCF, lors de son dernier congrès, a justement affirmé sa volonté d’œuvrer jusqu’au bout à la recherche d’une solution à gauche pour donner toutes ses chances à une politique de transformation sociale. Mais, de façon assez énigmatique, avant même que la primaire de la Belle alliance populaire eût livré son verdict, le PCF décida de soutenir la candidature de Mélenchon, en annonçant une impossible campagne autonome des communistes pour donner l’illusion qu’il ne passait pas complètement sous les fourches caudines d’un candidat de la radicalité autoproclamé. Aujourd’hui encore, de façon contradictoire, le PCF proclame toujours vouloir l’union et le rassemblement tout en réaffirmant son soutien à un candidat qui n’a que faire d’un « pacte majoritaire ».

Or cette politique est suicidaire : non seulement parce que la gauche désunie ne franchira pas la porte du second tour de l’élection, mais encore parce que les intérêts du PCF ne sont ni ceux de Mélenchon, ni ceux d’Hamon. Nous ne sommes ni insoumis, ni socialistes, mais communistes. Le premier rêve d’un Podémos à la française qui avalerait tout l’espace d’une gauche contestaire sur fond d’effondrement (pasokisation) du PS, pensant par ailleurs que les communistes n’ont plus aucun avenir. Sa préoccupation semble être davantage de tirer sur le « corbillard du PS » que de contribuer au rassemblement de la gauche et de songer à son destin personnel plutôt qu’à une destinée commune. S’il est prêt à démissionner une fois élu président pour laisser place à une Assemblée constituante, que ne s’efface-t-il maintenant pour laisser une chance à la gauche, dont il fait partie, de gagner ?! Quant à Hamon, si la nouveauté est que le vainqueur de la primaire incarne une volonté populaire d’une autre politique tournant le dos au quinquennat de Hollande, il reste dans une logique d’un réformisme modéré, à l’image du revenu universel, qui peut donner l’impression d’un combat bien timide contre les murs de l’argent. Mais ne faisons pas la fine bouche sur les convergences possibles qui pourraient être mises en avant par delà nos légitimes différences. Quelle union pourrait bien se faire si chacun refuse toute autre politique que la sienne !

Alors à circonstances exceptionnelles, décisions exceptionnelles : Le PCF pourrait continuer jusqu’au bout à vouloir être le trait d’union entre toutes ces forces pour œuvrer à une candidature commune. Plus l’échéance présidentielle se rapprochera et plus la division à gauche apparaîtra absurde quand l’enjeu peut être l’accession au pouvoir de l’extrême droite. Trump aussi ne devait jamais être élu…Deuxièmement, en l’absence d’une candidature unique, le PCF devrait retrouver son autonomie politique. Il devrait refuser de soutenir un ou des candidats dont le refus d’un travail en commun grève toute chance de succès, et appeler librement tous les électeurs de gauche, en conscience, à se déterminer en faveur du candidat qu’ils estiment être le mieux placé à gauche pour l’emporter. Le PCF qui a à cœur de faire gagner la gauche depuis le départ, qui a choisi de ne pas présenter un(e) candidat(e) communiste pour ne pas ajouter de la division à la division, doit sortir de cette incohérence. Il serait alors fidèle à son engagement et à ses valeurs en étant résolument un artisan de l’union. Il n’est pas trop tard pour faire valoir l’exceptionnalité de la situation actuelle qui appelle des initiatives inédites (entre autres, consultation nationale de tous les communistes ?) pour donner une chance à une politique novatrice dans ce pays et de l’espoir à tous les progressistes de notre pays.

Paul Busy – Professeur de philosophie