2017. Le scénario est presque écrit. Mais encore ?

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Plus se rapproche l’échéance majeure des  mois d’avril et juin, mieux se précisent les enjeux de la séquence électorale elle-même et pour la période à venir. Persistent cependant des incertitudes sur les acteurs et le résultat. Ces incertitudes, sont au cœur du trouble, des inquiétudes, et du sentiment d’impuissance. Ces inquiétudes et ce désarroi participent d’un scénario inlassablement rabâché mais reécrit par les réalités, surtout totalement inédit. L’objectif, lui, reste clair : empêcher la victoire de la droite et de l’extrême-droite et créer les conditions d’une politique nouvelle, tirant les leçons de l’échec du quinquennat de François Hollande, et répondant au formidable besoin de changement qui travaille le pays. Changement de politique, de personnel et de pratiques.

Trois remarques dans le débat.

Dans ce contexte, le résultat final de la primaire du PS, de la « Grande Allaince populaire », en complétant le panorama, modifiera la configuration, soit dans le sens de la continuité avec un Manuel Valls assumant le passif, soit vers une extension de la perspective vers la gauche. En ce sens elle ne concerne pas que les socialistes. Pas même Jean-Luc Mélenchon ni Emmanuel Macron. Chacun peut, qu’il y prenne part ou pas, comprendre l’enjeu de la désignation d’un Manuel Valls ou de celui des autres candidats, Montebourg, Hamon ou Peillon, à la fois le mieux en capacité de l’emporter et le plus disponible pour travailler au rassemblement à gauche sur des bases les plus proches de la réalité progressiste à vocation majoritaire du pays.

Une des difficultés de la période – qui n’est pas nouvelle – tient au fait que aujourd’hui la grande masse des citoyens, en recherche de solutions et de nouveauté, est spectatrice.  Cela quelles que soient les envolées de tribune et le sérieux des propositions pour casser la présidentialisation,  « pour après ». Elle est réduite à compter les points, au mieux à se prononcer dans une primaire, plus généralement assister à la distribution de rôles, dans la confusion, et sous la pression d’un scénario catastrophe asséné comme inéluctable.

Ces attentes sceptiques  sont soumises à la pression des priorités et des objectifs fixés dans les grand moyens d’information et les sondages. De ce point de vue la promotion des « favoris » alternatifs Macron/Mélenchon mérite attention. N’y a-t-il pas là l’esquisse, la proposition d’une alternative à un PS à bout de souffle, sur fond de crise existentielle de la social-démocratie européenne, et d’une crise  et d’un système qui écrasent les marges de compromis. Ce double visage d’un Janus encore virtuel prend forme en réponse au besoin de nouveau, de nouvelles pratiques, sur la base du dépassement du clivage gauche/droite et des « gauches irréconciliables », de la dénonciation du « système » et des partis. La plaisante et cynique comparaison par Jean-Luc Mélenchon du couple  à un « casse-noix » est éclairante : « Faut que ça serre des deux bords : Macron et Mélenchon (…) Et au milieu ça fait de l’huile. » Quel que soit le résultat de cette pression, à froid ou à chaud, le parti socialiste sortira sévèrement ébranlé par la période, sans possibilité d’échapper à une remise en cause fondamentale. C’est un parti traversé par l’aiguisement des tensions sur les choix à opérer qui est en cause. Le parti de gouvernement cherchant dans la dernière période ses repères du côté de Schröder, un premier ministre regardant du côté de Renzi et proclamant « Parti socialiste, c’est daté. Ça ne signifie plus rien », autant que le parti du congrès d’Epinay de 1971, de François Mitterrand rebatissant son influence sur l’union de la gauche qui est en cause. La lucidité demande de voir que la recomposition annoncée ne fait pas que des orphelins. Tous les courants s’y préparent. Les choix de cette mutation annoncée de la social-démocratie ne sont pas écrits. Elle prendra du temps. Il faudra y revenir. En situant cet examen dans les recompositions des gauches dans le champ européen. Cette recomposition en gestation ne concerne pas que la social-démocratie. Le PCF, bientôt centenaire,  et le courant du socialisme héritier et continuateur du communisme politique  français n’échappera pas à l’interpellation de cette crise de la politique. Il n’y échappe déjà pas. On sait d’expérience que la profondeur des questions rend le débat difficile.

Revenons aux enjeux immédiats. Face aux blocages à la confusion présents, très nombreux sont celles et ceux qui dans le pays souhaiteraient ne pas s’y résigner mais ne voient pas d’issue. Ils mesurent chaque jour mieux ce que représenterait la victoire de Fillon et la menace de l’ascension vers le pouvoir de Marine le Pen, Si ce conjuguent des volontés politiques dans les organisations, et un mouvement de femmes et d’hommes qui ont besoin d’espérance, militants et « simples gens », la fin du scénario peut être réécrite répondant. Il y a toujours besoin de mouvement. Si la droite et le Fn  l’emportaient, il faudrait se mobiliser. Evidemment. Ce n’est pas facile. On le voit dans les régions et les collectivités où ils dirigent.  Autant s’organiser avant, dès maintenant. Il s’agit de tout faire pour empêcher  le scénario du pire et contribuer au mouvement qui pose les bases d’un contrat pour une politique nouvelle sur lequel la ou le candidat s’engagerait. Chaque initiative, même modeste au départ, partout, porteuse de ces exigences, peut contribuer à forcer ce qui aujourd’hui paraît inéluctable et bloqué.

Daniel Cirera – 19 janvier 2017
danielcirera360@gmail.com
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